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Récit familial et recherches généalogiques sur Catherine Olivetti et ses descendants

Une histoire de famille : deuxième intermède

Publié le 9 Janvier 2013 par Anne Prince

Du vieux, du neuf

A Vienne, il y a le vieil appartement et le nouvel appartement de Grand-père et Grand-mère. Depuis le vieil appartement, on peut voir la construction de l'immeuble qui viendra se dresser entre les fenêtres du salon et le Rhône.

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Une histoire de famille : deuxième intermède

Vivre sans Rhône sous les yeux est impensable pour Grand-père. Et pour continuer de voir le Rhône des fenêtres du salon, il faut émigrer du très cher vieil appartement du vieil immeuble de la rue Donna vers un nouvel appartement, dans le nouvel immeuble, sur l'autre rive de la rue.

Quitter le vieil appartement, c'est perdre beaucoup.

Le long couloir avec son vieux tapis rouge pelé. Le bureau de Grand-père, tout au bout, avec le classeur à rideau, la boîte de crayons de couleurs, l'odeur du papier et le cliquettement de la machine à écrire. Ce carreau descellé qui claque lorsqu'on y pose le pied. L'arrière cuisine avec l'évier de pierre, et la fenêtre, cadrant un paysage étranger d'être trop rarement vu. Les milliers de veinules brunes trançant leurs labyrinthes sur l'émail blanc du lavabo, dans la salle de bain qui sent le savon de Marseille. Les escaliers de pierre, polis, creusés, adoucis par les millions de va-et-vient, du dedans au dehors, du dehors au dedans. Et puis l'écartement de deux barreaux par lesquels on se glisse pour descendre autrement. Et la cour aux platanes, encore.

Une histoire de famille : deuxième intermède

Le nouvel immeuble a des angles très droits, un luxe de béton, de gris, de verre, de marbre lisse. Les escaliers sont en arrêtes. Ont passe d'une douceur de nid fait aux corps qui l'habitent à la raideur d'un confort un peu prétentieux..

Mais on s'y fera. On s'y fera, car il y a ce puits d'ombre du deuxième étage, pot-au-noir propice aux sursauts et terreurs. Il y a l'ascenseur interdit aux enfants. Il y a la sonnette qui rend un son très gai lorsque l'on pousse trois fois de suite, très vite, le bouton, comme pour crier "Coucou, c'est nous !". Et l'entrée sombre, de caverne.

Surtout, il y a, la nuit, dans la chambre de Grand-père et Grand-mère, la magie de la cathédrale Saint-Maurice sur le miroir de l'armoire entrouverte, avec la lune, pleine, dorée, chaude autant que les pierres illuminées.

On s'y fera, car on se fait à tout. Et le nouvel appartement vieillira. Nous aussi.

C'est tellement plus joli comme ça...

En attendant, on prend possession des murs d'un séjour de vacances à l'autre, on casse les angles aigus, on essaie de ne pas regretter le territoire perdu.

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Une histoire de famille : deuxième intermède

Et l'on savoure Grand-mère, ses immenses serviettes damassées pour nous essuyer le bec au goûter, dans le jardin de ville, ses fou-rires, et ses histoires d'enfance.

Des personnages nous enchantent. L'un d'eux est Marinette Peyaud, notre Grand-mère, elle-même, du temps qu'elle était fillette. Un autre est sa grande amie Finette.

Finette a pour attribut ses petits arrangements avec la vérité. Finette arrange parce que c'est tellement plus joli comme ça. Grand-mère aussi a ses petits arrangements avec la vérité. Nous soupçonnons Finette de n'être qu'un double de Grand-mère, d'être la part de rêve d'une Grand-mère qui s'autoriserait parfois à réinventer le réel. Pourtant Grand-mère tient les contes de fée dans le plus grand mépris.

Mais c'est presque un conte de fées cette histoire, ma préférée, d'une petite fille de 4 ans quittant le portugal pour ne plus jamais y revenir.

Saudade de Portugal

Il était une fois une riche famille portugaise. Nous les appellerons Da Silva, bien-sûr. Ruinée par un banquier véreux (pardon pour le pléonasme), la famille décide d'émigrer vers l'Italie où elle a des liens. Le fils aîné, alors étudiant à Coïmbra, abandonne ses études et part le premier, pour préparer l'arrivée de sa famille. Il travaille sur les docks de Gênes pour amasser l'argent du voyage. La famille s'installe dans le Piémont. La jeune Maria Teresa a 4 ans et vient de vivre sa première émigration. Elle grandit en Italie où elle épouse un tailleur, du nom d'Olivetti. Les temps sont durs. Deuxième émigration. A peine arrivée en France, Maria Teresa se retrouve veuve et déjà mère de plusieurs enfants. Elle épouse un autre tailleur Italien, du nom de Tibaldi. Et se retrouve veuve pour la deuxième fois, avec cinq enfants à charge. Ce ne sont pas deux émigrations et deux veuvages qui vont abattre Maria Teresa, cette mère courage. Elle installe à Condrieu une petite affaire de blanchisserie qui prospère. Dans une charrette à bras, elle transporte le linge entre Condrieu, où elle fait la lessive dans le Rhône, et Vienne où elle a ses pratiques. A sa mort, elle est chef d'entreprise et emploie plusieurs ouvrières. Fin du conte.

J'ai vécu quelques décennies en compagnie de Marie Teresa. Et puis voilà qu'il faut renoncer à la vieille histoire, celle que racontait Grand-mère, pour entrer dans la nouvelle, celle que racontent les pièces d'archive. Renoncer à Maria Teresa pour découvrir Catherine.

Je suis séduite. Catherine est tout aussi belle que l'était Maria Teresa.

Mais un jour, sûrement, je la retrouverai cette aïeule portugaise. Car je crois à son existence. Elle n'est pas née de l'un des petits arrangements de Grand-mère avec la vérité. Elle s'est plutôt estompée avec le temps et peu à peu confondue avec Catherine. Son absence, plus qu'un vide, est... saudade... La saudade, ça se berce et ça se caresse avec la voix d'Amalia Rodrigues.

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P
Magnifique chanson
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