Langue au chat ?
Si je vous ai promis un point régulier sur les recherches en cours, ce n'est pas pour me dérober à cet engagement en me laissant entraîner à chaque intermède dans des rêveries de souvenirs d'enfance. Je consacrerai donc ce troisième intermède à ma promesse.
Rassurez-vous : mon chat, dont la photo ouvre ce post, n'est pas une nouvelle digression que je m'autoriserais histoire de surseoir encore un peu. Non pas. Il est, certes, une illustration appropriée de ma paresse à remplir mes obligations. Mais surtout, outre l'effet de suspens qu'il me permet de créer dès mon premier sous-titre, s'il illustre bien quelque chose, c'est le sous-titre lui-même. Et en illustrant ainsi le sous-titre, j'attire votre attention sur l'absurde premier degré de l'expression "donner sa langue au chat", vous encourageant ainsi à en lire les termes mot à mot car c'est par l'un d'eux que je vais vous entraîner dans le vif de notre sujet
Et ce vif, je vous propose de l'aborder par une question :
Quelle langue Cattarina / Catherine parlait-elle ?
La question vous surprend. Mais vous avez bien lu : quelle langue notre aïeule parlait-elle ?
L'italien ? Sans doute pas. Quand j'ai fait la maligne avec quelques mots d'italien, dans le premier chapitre, c'était avant tout pour marquer l'ancrage outre-alpin* de ce début de récit. Le souci historique aurait dû m'amener à un autre choix... si j'avais eu les connaissances nécessaires pour le faire !
Si ce n'est l'italien, la langue de Catherine, c'est donc le piémontais, non ? Logique, en effet. Une piémontaise parle piémontais.
Logique, oui. Mais pas si sûr. En tout cas, réponse incomplète, probablement. Car s'il est possible, et même probable, que Catherine ait parlé le piémontais, ce n'était peut-être pas là sa langue maternelle.
Alors quoi ? Langue au chat ?
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* note sur le terme outre-alpin : paraît qu'il n'existe pas. C'est une mauvaise raison de ne pas le faire exister. D'où ma décision de l'employer de préférence à transalpin qui, tout simplement, me plaît moins.
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Balade linguistique et musicale
Si vous avez été attentifs, vous savez que Maria Cattarina est née à Germagnano, dans le Piémont italien. En fait foi l'acte de naissance transmis par Virginie - à consulter dans le premier intermède.
Ses parents, Francesco Olivetti et Maria Cattarina Destafanis, portent l'un et l'autre des noms qui signent l'enracinement familial dans la région de Turin. Une recherche sur Cognomi Italiani le confirme : Olivetti, explique-t-on, possède un rameau dans le Turinois, Destefanis est typiquement piémontais, notamment du Turinois, lui aussi.
L'enracinement piémontais est confirmé par les cartes de localisation des noms proposées par le site Cognomix. La carte nationale pour Olivetti fait apparaître une fréquence élevée du nom en Piémont (189 occurrences). La localisation est encore plus parlante pour le nom Destefanis : 459 occurrences piémontaises sur 510 au niveau national.
Piémontaise, donc, sans le moindre doute, Catherine a fort bien pu chanter cette chanson populaire, l'une des plus célèbres du Piémont, La Monferrina
Oui, Maria Cattarina a pu chanter la Monferrina et son "O cià cià Maria Catlina".
Cependant, si vous faites le décompte plus précis des occurrences des noms propres qui nous intéressent au niveau provincial, vous observerez que la province de Turin totalise 151 des 189 Olivetti du Piémont. Sur ces 151, 33 sont répertoriés dans des communes des Valli di Lanzo dont fait partie Germagnano. Le nombre de Destefanis dans les Valli di Lanzo s'élève à une douzaine sur les 228 dénombrés dans la province de Turin, ce qui est moins significatif, mais témoigne bien d'une implantation du nom dans cette partie du Piémont.
Quelle langue parle-t-on dans les Valli di Lanzo ?
Ni l'italien, ni le pémontais, mais le francoprovençal, autrement dit le patois, ou l'arpitan, dont vous pouvez écouter un échantillon au cours d'une émission bilingue de présentation des fours à pain de Castagnole, commune de Germagnano.
Une émission de radio que l'on peut à peine comprendre, ce n'est pas très excitant. Voici, plus faciles d'accès, deux chansons francoprovençales à découvrir sur vimeo : Ameun plou créet di Coou, enregistrée dans la commune de Mattie et Babina, enregistrée à Meana di Susa.
Et pour vous récompenser du bel effort que vous avez fourni, voici un bel objet audiovisuel, une très belle tchanson en patoua, la vie du paysan chantée en dialecte valdotin par Philippe Milleret.
Bienvenue en Arpitania
Vous avez bien travaillé, bravo.
Mais ne croyez pas en voir fini. Il faut maintenant vous documenter un peu sur les Valli di Lanzo, ou Valades at Lans en francoprovençal. Vous ne pensez tout de même pas que je vais le faire à votre place, allons !
Et ne partez pas sans avoir pris votre première leçon d'arpitan ! Il est grand temps de retrouver vos racines et de vous remettre à la langue d'une bonne partie de vos ancêtres. Bienvenue chez vous...
