Parfum d'enfance
Novembre 2012. Un coup de fil de Babette. « Tu te souviens de la boîte à boutons de Grand-mère ? ».
Non. Je me souviens de la boîte à boutons de maman. De celle de bonne-maman. Des heures à jouer avec ces deux-là. Mais la boîte à boutons de Grand-mère Ninette, non. Sa boîte à ouvrage, par contre…
Une bouffée d’enfance me revient.
Cette grande boîte de bois sur pieds. Sombre et lisse, avec ses tiroirs à glissières et ouverture centrale. Vienne. Rue Donna. Le vieil appartement et la cour aux platanes derrière les persiennes d’un gris bleuté à demi closes contre un jour d’été du même gris bleu. Et la lumière tombe tout juste sur la boîte luisante et désirable poussée contre un fauteuil.
Des arbres au dehors monte un parfum dont je ne sais pas si je l’aime ou s’il m’écœure. Au-dedans, la boîte a pour mes yeux une douceur de soie. Grand-mère s’est méprise sur mon regard. Elle a lu de l’ennui là où il y avait envie. « Tu tournes en rond, mon chéri. Ça te dit de descendre dans la cour ? ».
Me voilà prise au dépourvu. Est-ce que ça me dit ? Oui, ça me dit beaucoup, beaucoup trop. En bas, dans cette cour vide de jardin d’enfants sans enfants, je serai seule, très grande, très visible et très bête, dans l’odeur des platanes que je suis sûre de ne pas aimer. Oui, ça me dit beaucoup, et rien que des choses qui ne me plaisent pas. Ce que je veux, c’est demeurer dans l’ombre bleutée des persiennes, à écouter ce long après-midi s’étirer lentement, dans la fascination de cette boîte au lustre brun éclairé par un vague rayon où danse la poussière.
Alors, je me risque. « Oui, Grand-mère, ça me dit ».
C’est ainsi qu’un malentendu m’envoie dans l’odeur un peu verte, un peu râpeuse, un peu douceâtre des platanes, à faire tourner l’hélice des graines tombées et glisser entre mes doigts les graviers aux angles durs, dans cette cour vide où j’attends, très seule, très grande, très visible et très bête, qu’une pluie d’été m’autorise à remonter vers la séduction satinée de la boîte à ouvrage.
Boîte à boutons, boîte au trésor
Mais pas question de s’égarer dans une boîte à ouvrage, alors que nous devons parler d’une boîte à boutons.
Babette vient de découvrir dans celle de Grand-mère, qu’elle a revendiquée à la mort de sa propriétaire, une curieuse pièce. Quelques recherches viennent de lui permettre de l’identifier. Il s’agit d’un jeton des affinages de Lyon, probablement une sorte de laiisez-passer pour des personnes travaillant à la Monnaie de Lyon.
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CORPORATIONS Jeton Cu 29, affinages 1744 SUP fjt_079208 Jetons
Titulature avers : QUOD. REGIT. NOTAT.Description avers : Un paysage montagneux éclairé par un soleil ; à l'exergue : .1744..Traduction avers : (Il marque ce qu'il régit). Titulature revers : ...
http://www.cgb.fr/corporations-jeton-cu-29-affinages,fjt_079208,a.html
Et cette découverte, par un cheminement mystérieux, vient de jeter ma sœur dans une fièvre généalogique et l’entraîne du côté de la famille Peyaud. M’en étant un peu mêlée, je l’envoie sur une fausse piste, à la faveur de laquelle, notre Isabelle découvre un arbre généalogique. Notre arbre généalogique ! Construit par une inconnue. C’est ainsi qu’un jeton de la Monnaie de Lyon égaré depuis des décennies dans une vieille boîte à boutons nous a permis de découvrir une cousine inconnue, d’entrer dans une histoire familiale méconnue et d'ouvrir notre boîte d'archives.
Trois petites têtes chercheuses
Notre cousine inconnue, c’est Virginie. Arrière-petite fille de Marie-Louise, une petite sœur de Fanny. Vous en apprendrez davantage sur Marie-Louise au fil de nos chapitres.
Virginie s’est lancée depuis longtemps dans une recherche généalogique. De son grand-père, fils de Marie-Louise, elle tient des pièces d’état-civil, des récits et quelques photos. De quoi alimenter une ferveur nouvelle chez Babette et moi qui nous engouffrons sur la piste de la famille Olivetti, que nous avions crue inexploitable pour cause d’archives brûlées. Mais non, les archives sont bel et bien présentes. Mieux, les archives sont accessibles en ligne. Nous voici parties pour les grandes découvertes
Et quelles découvertes !
Nous avions une trisaïeule d'origine portugaise, que j'appelais Maria-Teresa Da Silva (comment ce nom a-t-il fini par lui être attribué, je n'en sais trop rien, en vérité), arrivée tout enfant en Italie, mariée à un certain Olivetti, puis a un certain Tibaldi.
Voilà que cette trisaïeule portugaise s'avère être une Piémontaise bon teint, du nom de Maria Cattarina Olivetti, fille de deux paysans piémontais, bien enracinés dans leur Germagnano natal.
Ceci n'est que la première surprise.
Maria Cattarina Olivetti : les présentations
En attendant les autres surprises, je vous offre, de la part de Virginie, notre première petite tête chercheuse, l'acte de naissance de Maria Cattarina Olivetti, votre trisaïeule.
Née le 15 août 1846 à Germagnano, dans la paroisse des Saints Grato et Rocco, fille de Francesco Olivetti, paysan et de son épouse, Maria Destefanis, paysanne, domiciliés à Germagnano, Maria Cattarina Olivetti a peut-être quitté son village au printemps 1870, selon le récit que je vous ai proposé au chapitre 1 de cette biografiction.
A l'époque, les paysans piémontais commençaient à émigrer en nombre, notamment dans le cadre de migrations saisonnières. Ils se dirigeaient vers le sud-est ou la vallée du Rhône. C'est la direction de Modane qu'a prise Cattarina, en toute logique, car il s'agissait d'une destination très proche de Germagnano, malgré la difficulté du passage du Col du Mont-Cenis.
Mais cela, vous le découvrirez dans le chapitre 2 de cette Histoire de famille
A bientôt pour la suite des aventures de Catherine !

